1998

J’ai 12 ans et je regarde TQS au 35 (maintenant connu sous le nom de Vtélé). Indiana Jones est à la recherche du Saint Graal. Il fait face à une table remplie de coupes de toutes sortes. Il n’a qu’une chance pour mettre la main sur l’unique récipient, LA coupe qui aurait servi au Christ pour boire le vin lors du dernier repas, de la fameuse Sainte Cène. Son adversaire est là aussi. Si Indiana Jones ne veut à priori que mettre la main sur cet objet précieux afin de le rendre à un musée, là où il devrait être, la légende veut que quiconque boive de cette coupe, obtiendra la vie éternelle.

L’ennemi s’exécute en premier, il se saisit d’une belle coupe royale, faite d’argent garni de fioritures. Il boit. Une seconde s’écoule, puis deux et trois. Soudainement, de la fumée se met à monter et l’homme commence à vieillir à une vitesse fulgurante. On le voit devenir vieillard en quelques secondes puis devenir un squelette. Il est mort. Ce n’était pas la bonne coupe. C’est au tour d’Indiana Jones et il doit maintenant choisir. Il scrute lentement la table pleine et il arrête son choix sur une simple coupe usée sans aucune décoration. Il dit alors : « Jésus était fils de charpentier!» En d’autres mots, comment aurait-il pu avoir une coupe qui vaut beaucoup d’argent alors qu’il était si modeste et parmi les pauvres? Il boit. Il remporte son pari, il ne meurt pas.

2019

J’aurai 33 ans dans quelques jours et je me souviens très bien de ces scènes. En fait, je me souviens aussi très bien des films en plusieurs parties qui jouaient à Pâques à la télé non câblée comme “Jésus de Nazareth” et “Les dix commandements”. Plus jeune, ce sont des films qui ont grandement marqué mon esprit. Quand j’ai vu Indiana Jones boire de cette simple coupe, je me souviens avoir eu la réflexion, en entrant dans une église catholique étant petit, que je trouvais ça bizarre que les cathédrales soient aussi luxueuses. « Ça fittait pas avec le personnage de Jésus », me suis-je arrêté à penser. Plus jeune encore, je me souviens aussi avoir pleuré, quand j’ai vu que Jésus se faisait crucifier, alors qu’il n’avait rien fait de mal. Je devais, si ma mémoire est bonne, avoir 5 ou 6 ans.

J’ai ensuite grandi, avec un certain détachement face à la foi, la religion. Je n’y pensais tout simplement plus. Ce n’était pour moi que souvenirs d’un cinéma d’une autre époque.

La quête

Jusqu’à il y a une dizaine d’années, j’avais le même préjugé que bien des gens ont, que la foi c’est pour l’une ou l’autre de cinq tranches d’individus : les vieux, les pauvres, les malades, les gens d’une autre culture dans laquelle ce “recours” n’est pas encore obsolète et finalement, les simples d’esprit. “On a pas besoin de ça quand on est en pleine possession de ses moyens”, me disais-je.

C’est à ce moment de ma vie que je me suis retrouvé dans une église où j’avais été invité et à laquelle j’avais accepté d’aller par un mélange de politesse et de curiosité quasi anthropologique. Je me suis dit : “Allons voir de plus près ce phénomène encore aujourd’hui persistant qu’est celui de la foi”. Tout de suite après la cérémonie il y avait un dîner en commun style « potluck ».

Une première surprise est venue déboulonner mes fausses perceptions.

C’est que je m’étais attablé face à un homme du nom de Patrick qui avait à peu près mon âge (mi-vingtaine), qui ne semblait pas dans le besoin, qui paraissait en bonne santé, qui était caucasien (terme fancy qui veut dire blanc), canadien et québécois (il l’est toujours, d’ailleurs) et par-dessus tout, qui me semblait bel et bien sain d’esprit! Patrick venait de présenter dans l’église un message témoignant de son expérience de foi en Dieu. De quoi piquer ma curiosité au vif.

Je cherchais à comprendre… mais comment ce Patrick, que je percevais selon mes critères comme mon pair à tout point de vue, pouvait-il en être venu à croire en Dieu?

Lors de notre cordiale discussion, j’ai eu le réflexe de lui demander s’il n’avait pas un bon livre à me suggérer sur le sujet, de Dieu, de la foi, bref de ce en quoi il croit afin que je puisse pousser plus loin mon investigation. Pour ma part à cette époque côté lecture, j’étais plutôt versé dans tout ce qui est croissance personnelle. Je lisais des livres de tous genres, de différents auteurs sur de nombreux sujets, mais qui tournaient principalement autour du thème principal de la réussite. (En amour, en argent, en toute.)

Innocemment, je m’attendais à ce qu’il me suggère une lecture d’un auteur contemporain reconnu, quelque chose de crédible à mes yeux. Après tout, non seulement je me retrouvais devant Patrick, mais au fil de notre conversation j’avais en plus découvert qu’il avait lui aussi par le passé lu plusieurs auteurs que j’avais moi-même lus; d’Anthony Robbins à Zig Ziglar en passant par Dale Carnegie. Vous comprendrez que c’est sur cette base que j’attendais impatiemment sa recommandation.

Ici vint une deuxième surprise.

Sa réponse est venue aussi rapidement que ma question : « Oui j’ai un livre à te suggérer » me dit-il, « J’en ai même quatre!”. Je l’écoutais… un brin perplexe. “Lis les quatre évangiles en commençant par celui de Jean, lis ensuite les trois autres et relis Jean une deuxième fois! » Aussi logique et évident que cela puisse vous paraître, personnellement, je n’y avais même pas pensé. « Ben oui », me suis-je dit. Pourquoi ne pas lire les fameux documents eux-mêmes plutôt que de lire des livres de gens qui m’en parleraient ? Tout simple quand on y pense.

Ma quête s’est donc ainsi lancée avec la lecture des quatre évangiles il y a exactement dix ans maintenant. C’est drôle, quand même, que malgré le fait que les évangiles qui rapportent l’histoire de Jésus-Christ soient les livres les plus disponibles et les plus accessibles au monde (apps, Internet, bibliothèques, librairies, églises et tiroirs de table de chevet à l’hôtel), mais qu’ils m’aient été jusqu’à ce moment-là plutôt méconnus. En fait, je ne crois pas errer en affirmant que la grande majorité de ma génération ne les a pas lus.

Je dis méconnus, car si on connaît bel et bien Jésus, le nom, on ne le connaît en général que par la culture populaire, les films d’antan, les « memes » sur Internet et les gags de « Family Guy », entre autres. En résumé, un portrait bien mince et très peu fidèle.

On ne cherche généralement pas à en savoir davantage, puisque de nos jours, la quête ultime pour bien des gens se résume souvent à la poursuite du proverbial bonheur. Bien que je vous le souhaite à tous, et que je ne le refuse pas pour moi-même, selon moi, il ne se substitue pas à une quête de sens et de… (ici attention je vais employer le mot que personne ne doit prononcer et qui commence par un grand V)

…Vérité. (Non! Non! Je ne parle pas de Voldemort!)

Sens et vérité. Malheureusement, ce sont aujourd’hui deux mots grinçants que l’on n’ose plus prononcer, car surutilisés par des gens qui ont plutôt mauvaise presse, souvent pour de très bonnes raisons entre vous et moi. (Bonjour gurus et moult charlatans!)

Pour tout un chacun c’est effectivement une quête qui peut écorcher par moment. C’est pas pour rien que certains sujets sont tabous autour de la table à manger, on ne voudrait surtout pas créer de chicane et encore moins de malaise. De peur d’être catégorisé et perçu comme un extra-terrestre, on préfère souvent laisser faire. De peur d’être déçu aussi. Déçu parce qu’on le sait bien, de toute façon ce n’est pas atteignable la vérité, elle est partout et nulle part à la fois donc aussi bien ne rien entreprendre… Non?

Je comprends. J’ai pensé comme ça pendant longtemps. Maintenant, je pense différemment. Je pense qu’au contraire les grandes questions sont saines à se poser.

Penser, chercher et réfléchir. Peser et sous-peser. Avec le temps, j’ai découvert que ce sont des exercices hautement rémunérateurs.

Je ne puis et je n’oserais même pas tenter d’imposer un point de vue à quiconque sur un sujet si sensible. Une telle quête est hautement personnelle.

Vrai.

Toutefois (parce qu’il y a toujours un « mais »), je m’en voudrais de ne pas souligner toute l’importance à mes yeux d’aller lire à la source le récit de celui par qui nous avons décidé de couper notre Histoire en deux, en la datant en « Avant » et en « Après ». Que ce soit par pure curiosité, pour un exercice intellectuel plus rigoureux, ou encore pour une démarche de recherche personnelle plus intime, c’est selon moi un véritable incontournable.

Ultimement

Ma recommandation? À ce stade-ci de votre lecture, elle ne saurait vous surprendre, c’est la même qu’on m’a faite il y a dix ans : d’aller lire l’évangile selon Jean. Ensuite ceux de Matthieu, Marc et Luc, puis encore celui de Jean.

C’est une lecture qui, je le crois fermement, saura vous marquer. En tout cas, personnellement, elle m’a suffisamment marquée pour que je me souvienne du moment de ma première lecture. Suffisamment marquée pour qu’elle tranche mon histoire personnelle en « Avant » et en « Après ». Pourquoi est-ce que ça m’a tant marqué vous dites? Disons seulement que j’y ai trouvé un précieux trésor, une perle de grand prix.

En bref? Que j’y ai lu la plus belle histoire du monde.

Bon, allez! Je vous encourage une dernière fois et j’espère que j’ai pu au moins piquer votre curiosité. Mais surtout, soyez sans crainte : cette quête est bien moins dangereuse que ne le sont celles d’Indiana Jones. Tout ce qu’il vous faut pour celle-ci, ce sont les textes eux-mêmes que vous saurez trouver facilement. Mais si vous tenez absolument à vous mettre dans l’ambiance lors de votre lecture et bien… pas besoin du fouet, le chapeau est facultatif et un bon vieux calepin dans lequel vous pourrez noter toutes vos découvertes fera amplement le boulot!

Bonne lecture.